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Mudwoman

Mudwoman, la femme-boue, est un grand cru de Joyce Carol Oates. L’auteur traite d’un sujet ambitieux : l’identité. Et pour être sûre de le traiter de façon complète, elle le saisit par un thème sensible, celui de l’adoption

...Quelques infos...

  • Titre original : Mudwoman
  • Année de publication : 2012
  • 1re édition en France: 2013
  • Traduit par Claude Seban
  • Éditeur : Philippe Rey
  • ISBN-13 : 978-2-84876-360-6
  • Nombre de pages : 576

...Selon l'éditeur...

Ceci est la 4e de couverture de l'édition Philippe Rey. À mon avis, comme souvent cette courte présentation en dit trop. Pour profiter pleinement du roman, la lecture du premier paragraphe (jusqu'au mot histoire) suffit amplement...

Abandonnée par sa mère à demi-folle au milieu des marais de l’Adirondacks, Mudgirl, l’enfant de la boue, est sauvée on ne sait trop comment, puis adoptée par un brave couple de Quakers qui l’élèvera avec tendresse en s’efforçant toujours de la protéger des conséquences de son horrible histoire.

Devenue Meredith « M.R. » Neukirchen, première femme présidente d’une université de grand renom, Mudgirl, brillante et irréprochable, fait preuve d’un dévouement total à l’égard de sa carrière et d’une ferveur morale intense quant à son rôle. Mais précisément épuisée par la conception d’une rigidité excessive qu’elle a des devoirs de sa charge, tourmentée par ses relations mal définies avec un amant secret et fuyant, inquiète de la crise grandissante que traverse les États-Unis à la veille d’une guerre avec l’Iraq (crise qui la contraint à s’engager sur un terrain politique dangereux) et confrontée à la classique malveillance sournoise des milieux académiques, M.R. se retrouve face à des défis qui la rongent de manière imprévisible.
Un voyage sur les lieux qui l’ont vue naître, censé lui rendre un peu de l’équilibre qui lui échappe, va au contraire la jeter dans une terrifiante collision psychique avec son enfance et menacer de l’engloutir une fois encore, mais dans la folie.
Cette impitoyable exploration des fantômes du passé, doublée du portrait intime d’une femme ayant percé le plafond de verre à un coût gigantesque, fait de ce livre ainsi que l’a proclamé la critique, « un géant parmi les grands romans d'Oates ».

...L'avis de Groucho...

Joyce Carol Oates nous propose une œuvre importante, diversifiée et elle est capable dans un même roman d’aborder des sujets sociétaux, philosophiques et des thèmes qui touchent à l’intime. Et par ses portraits et ses chroniques familiales, elle est capable d’entrer dans notre famille, d’en faire partie. Et comme tous les grands écrivains, elle peut changer de style quand bon lui semble.
Mudwoman, la femme-boue, est un grand cru de Joyce Carol Oates. L’auteur traite d’un sujet ambitieux : l’identité. Et pour être sûre de le traiter de façon complète, elle le saisit par un thème sensible, celui de l’adoption.
L’histoire. Une petite fille de trois ans est abandonnée par sa mère dans un marais boueux. Un habitant du marais, guidé par le roi des Corbeaux, trouve la petite fille. Et la sauve. Mudgirl est retirée de ses parents. Puis elle est adoptée.
Le roman est construit par une suite d’alternances entre des chapitres qui nous décrivent le parcours de cette petite fille, dans les années 1960. Et des chapitres qui racontent le destin de Meredith, présidente d’une université américaine prestigieuse.
Le montage est habile. Et le métier d’Oates fait merveille. Elle écrit des thrillers et des polars. Elle sait donc jouer avec les nerfs du lecteur. Qui est cette Meredith ? Est-ce Mudgirl ? Si oui, comment a-t-elle fait pour passer de la boue du marais à une des plus hautes distinctions universitaires. Là encore, le talent de conteuse d’Oates éclate à chaque page. Elle nous interroge sur l’identité. Sur le déterminisme et le libre arbitre.
Le statut de Meredith comme présidente d’université est politique. Cela permet à Oates de nous parler des guerres que l’Amérique a menées depuis celle du Vietman. Oates en profite pour nous rappeler ses positions de pacifiste et pour dénoncer, je cite : "les carnages en Irak et en Afghanistan". La posture gauchisante de la présidente d’université lui attire les foudres des professeurs et des élèves réactionnaires, des va-t’en guerre et des anti-avortement.
Elle pointe du doigt le système officiel de pots-de-vin sur lequel repose le fonctionnement des universités américaines. Elle dénonce l’hypocrisie des entreprises qui versent des dizaines de millions de dollars, blanchissent leur image et comment, toujours grâce à ces sommes, les responsables de ces entreprises achètent des places pour leurs enfants dans les universités prestigieuses.
Si ces prises de positions émaillent le récit, Mudwoman est avant tout un magnifique portrait de femme. Une femme pour qui la vie est un combat de tous les jours. Un combat pour sa survie enfant et un combat comme femme à la tête d’une université.
Oates nous rappelle aussi qu’elle est un maître du suspense et du thriller en nous offrant une description particulièrement réussie d’un meurtre suivit d’un démembrement et découpage "façon Troadec".
Oates nous rappelle, en dessinant le portrait d'une bibliothécaire, le rôle important que peuvent jouer les livres dans l’édification d’une femme ou d’un homme.
Mudwoman permet à Joyce Carol Oates de nous faire une démonstration de toutes ses qualités d’écrivain en changeant de registre au gré des chapitres. Sans que cela ne donne l’impression d’un exercice de style.
Une singularité du roman, la description des corps. Les corps ne sont jamais beaux, ils sont toujours difformes, blessés ou souffrants, comme celui de ce caporal qui revient de la guerre :

...il avait les cheveux brûlés et son crâne était encore rose comme un viande imparfaitement cuite (…). Sa bouche était une cicatrice rigide qui se mouvait comme une colle calcifiée (…). Peau greffée, fiches de métal, fils de titane très fins, aluminium et plastique constituaient 90% du caporal Coldham (jambon froid…).


Les lecteurs de la collection Points ne se sont pas trompés en élisant Mudwoman comme livre Points de l’année 2015 et le magazine Lire comme meilleur roman étranger de l’année.

Appréciation : 

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